Pour un droit économique

Le système juridique a répondu aux exigences de l'évolution
économique en opérant des transformations profondes, même
dans ses catégories fondamentales comme la propriété, la responsabilité
et le contrat. Les pouvoirs privés de l'économie
s'organisent. La contractualisation tend à se substituer à la
réglementation. Le droit se fait modeste : il a accepté des normes
d'origine économique (le droit de la concurrence) et a adopté
d'autres modes de fonctionnement (la régulation).
Ce livre entend plaider pour un droit économique. Pourquoi ?
Parce que le système économique est loin d'être «juridicisé».
La mondialisation renforce un «ordre» privé, ou un désordre
spontané, et les tendances hégémoniques de la marchandise.
Mais la normalisation juridique n'est pas seulement un instrument
à la disposition des décideurs. Le droit est aussi porteur de
valeurs. Les droits du «peuple économique», des salariés aux
actionnaires, sont-ils assurés ? Le recul de l'État n'est-il pas
aussi un recul de la démocratie et les «affaires» une crise systémique
du capitalisme ? Peut-on se contenter de l'éthique pour
régulariser l'économique ?
Il ne s'agit pas ici de proposer des solutions toutes faites, mais de
montrer, au moyen d'une analyse juridique critique de l'économie,
aussi légitime que l'analyse économique du droit, qu'une
«Économie de droit» est aussi nécessaire et urgente que l'a été
la construction de l'«État de droit».