L'oursin

La préhistoire s'en empiffre. Les Romains
en raffolent tellement qu'il fallut l'interdire
de banquet. La Renaissance en remplit ses
cabinets de curiosité. Le siècle des Lumières
le goûte avec fureur et cherche à percer son
mystère. Dumas le met à la table du Comte
de Monte Cristo. Picasso à Antibes invente le
Gobeur d'oursin et Dali en tapisse sa piscine.
Pas de plateau de fruits de mer sans ce «bonheur
salé». Un bonheur qui ne va pas sans
épines dans le pied. Piques et délices, excessif
en tout, l'oursin est la contradiction même.
L'auteur traque l'animal dans les criques de
la Méditerranée et les lieux de dévergondage
mais aussi dans les blockhaus de la Normandie
et les bacs des bouquinistes, les hammams de
la Corne d'or et la Sicile du prince de Lampedusa.
Car l'oursin n'est pas seulement un mets
«capable de choc» mais un trésor d'images,
de mots, de goûts et de plaisirs.