Lectures phénoménologiques de Mallarmé

Rencontrer l'oeuvre mallarméenne, faire expérience de son
apparaître, de sa donation... Sartre, Derrida, Lyotard, Badiou ont
relevé ce défi en interrogeant les poèmes de Mallarmé. Ils ont
essayé de dévoiler la structure intime d'une phénoménalité qui
plonge son lecteur dans l'espace d'une absence, dans un lieu
pré-textuel en dehors du logos. Ces lectures ont eu le mérite de
traverser les paradoxes du néant qui hante Mallarmé, car elles
ont cherché à montrer sa genèse et la manière dont notre poète
travaille le signe en le vidant de sens. En outre, même si par des
voies différentes, elles ont réutilisé des concepts issus de la
phénoménologie husserlienne en gardant, dans le continent sans
limites des gloses de Mallarmé, le fil d'Ariane d'une approche
rigoureuse qui vise le "comment" de l'apparaître poétique et non
seulement son contenu.
Néanmoins, elles oublient souvent une confrontation authentique
avec les textes mallarméens. Tout en reconnaissant
l'importance d'une description de l'apparaître d'une oeuvre
poétique qui ne cesse pas de nous étonner, il semble alors utile
de montrer les points de forces et les limites de ces approches
pour renouveler et dégager la possibilité d'une phénoménologie
de Mallarmé, où la singularité inépuisable du poème ne soit pas
étouffée. En suivant le memento husserlien, on amorcera alors
une méthode pour lire Mallarmé «qui procède de la spécification
régionale fondamentale à laquelle appartient le domaine en
question» ( Idées directrices pour une phénoménologie ).