Les Pyrénées et l'Auvergne à bicyclette : 1er août-17 août 1894

Le tourisme à bicyclette peut se pratiquer de deux manières :
1° Le touriste qui voyage seul, sans bruit, évitant les grandes villes,
le touriste sauvage, si je puis m'exprimer ainsi, qui ne désire qu'une
chose : voir et contempler la belle nature, en suivant l'itinéraire qu'il
s'est proposé ;
2° Le touriste un peu moins sévère, quelque peu gentleman, sans prétention,
que ses relations obligent à s'arrêter quelquefois, qui a du
temps devant lui, à qui il est indifférent, par conséquent, de subir un
retard de un et même plusieurs jours, et qui sera heureux de profiter
de son voyage pour voir des parents, des amis quittés depuis longtemps.
Ce dernier aura un voyage plus mouvementé, plus agréable
peut-être, mais il ne pourra restreindre son bagage comme le fera le
premier. Il est vrai qu'on peut facilement trancher la question en expédiant
successivement dans les villes où l'on doit séjourner une valise
contenant les objets encombrants.
Il est difficile de donner des conseils sur ce que l'on doit emporter.
Chacun, pour peu qu'il ait l'habitude des voyages, sait ce qu'il doit
prendre, ce qu'il doit laisser, car l'objet qui est indispensable à l'un
peut n'être qu'accessoire à un autre. Toutefois, il en est un que je
recommande particulièrement : le revolver chargé à poudre ou à petits
plombs. Mais, on doit se servir de cette arme avec une extrême réserve
et bien se pénétrer de ceci : qu'entre des mains inhabiles, le revolver
peut causer de sérieux désagréments et porter préjudice au tourisme
en général.