L'eau et la pensée grecque : du mythe à la philosophie

L'eau, matière et substance de vie, se révèle une et multiple. Ses
étonnantes métamorphoses nous racontent une histoire infinie. Cet
essai tente de découvrir le rôle du premier des liquides dans la quête du
sens et l'éclaircie du réel. Religion et poésie dessinent les paysages du
monde grec antique et tracent la carte du sacré. La pensée mythopoétique
a puisé dans un fantastique réservoir de symboles qu'anime la
présence des eaux. Réceptacle du divin, l'eau est un miroir mouvant
que couvre le ciel, elle est un oeil ouvert sur le mystère. L'eau est le
Désir qui parcourt la terre. Elle est encore le Fleuve, source de l'être et
limites du monde. Sous l'autorité de Poséidon, elle forme aussi
l'espace sauvage et infini de la mer. Dans le reflet des eaux, l'auteur
interroge les commencements et déplie le théâtre des dieux, pour en
venir aux sources de la pensée savante et restituer le chemin qui unit le
mythe et la raison. La philosophie de la nature, se dissociant des
croyances, pose l'essentiel des problèmes se rapportant au fluide par
excellence. Dans cette pensée naissante, la matière élémentaire devient
source de savoirs, objet de nombreuses méditations, qui interrogent les
origines du monde et de la vie, la nature et les mouvements de l'eau.
Après la théorisation des présocratiques, l'eau «naturelle» s'inscrit
chez Platon dans l'ordre mathématique du cosmos. Le «mythe» du
Timée , comme poème, nous donne à voir les structures élémentaires et
le mouvement qui parcourt les choses, ordonné par un dieu-ouvrier.
Objet pensé, l'eau est aussi objet pensant, soutenant la compréhension
du corps humain. La théorie du philosophe, que formalise l'image du
fleuve, met en oeuvre un authentique art de vivre.
L'auteur nous invite à découvrir trois états de la pensée de l'eau en
Grèce ancienne et montre comment l'eau, dans ses multiples visages,
nourrit et féconde la double dimension du rêve et de la pensée.