Formes et figures du goût chinois dans les anciens Pays-Bas

Formes et figures du goût chinois dans les anciens Pays-Bas

Formes et figures du goût chinois dans les anciens Pays-Bas
2009242 pagesISBN 9782800414515
Format: BrochéLangue : Français

L'histoire de la chinoiserie est celle d'une ambition économique qui chercha à

donner une nouvelle extension, maritime, aux anciennes routes de la soie afin de

capter au profit des nombreuses Compagnies des Indes orientales, créées à cet

effet, une partie des parts de marché qu'impliquait ce commerce avec l'Extrême-Orient.

Ainsi envahirent l'Europe une foule de «produits de lachine» - porcelaines,

textiles, laques, objets de luxe - dont la possession a le plus souvent été

un marqueur de distinction sociale. Le développement de la chinoiserie et du

goût chinois au XVIII<sup>e</sup> siècle est un phénomène européen, qui s'inscrit dans la

dynamique même instaurée par la Pensée des Lumières, où l'on détecte un

courant utopique fondé à la fois sur l'idée de la reconstitution d'un Éden perdu,

et sur celle d'une communauté politique et sociale restaurée. Sur le plan stylistique,

l'influence de la Chine s'est trouvée en phase avec les grandes tendances

du goût régnant entre 1720-1770, dominé par la confusion des figures et de

l'ornement ; les effets de surface dus à la découverte de matières nouvelles

comme la porcelaine et la laque ; et l'imbrication des formes. Il est clair que

l'appropriation du goût chinois en Europe s'est exprimée à travers une démarche

dont il convient d'apprécier le caractère subversif, puisque l'art rocaille apparaît

incontestablement comme une tentative de mettre entre parenthèses certains

des principes de la représentation classique. Le déni du système perspectif, le

refus d'utilisation du système proportionnel des ordres, l'expérimentation systématique

de l'asymétrie, de fréquentes propositions pour des compositions non

centrées, comme la légitimité reconnue à des variations non proportionnelles

d'échelle sont autant d'éléments qui participent à la proposition d'un système de

composition alternatif au système classique.

Devant l'impossibilité évidente de proposer ici un aperçu complet de cette

histoire d'influences, d'appropriations et de réinterprétations, les éditeurs ont

choisi de privilégier certains pans de cette histoire, moins récemment investigués

ou laissés parfois en friche. Ils ont pris l'option de centrer ce volume sur

deux axes particuliers : privilégier, d'une part, l'étude des vecteurs de transmission

de cette séduction ainsi que l'appréciation de la manière dont ces agents

ont contribué à «colorer» les éléments transmis ; et attirer, d'autre part,

l'attention sur l'intérêt et la qualité, souvent mésestimés, des «chinoiseries»

réalisées dans nos régions au XVIII<sup>e</sup> siècle.

Des questionnements fondamentaux sont ici esquissés : sur le degré d'extension

du concept (par rapport, notamment, à l'expression littéraire) ; sur le degré

d'adéquation de ses formes et de ses expressions par rapport à la réalité chinoise ;

sur la place occupée par la chinoiserie dans le discours et la culture globale des

Lumières, sur les agents de la diffusion - en particulier les missionnaires - et les

modalités de celle-ci. Dans les Pays-Bas méridionaux (1715-1792), la chinoiserie

et le goût chinois ont beaucoup contribué à créer, dans les habitudes de vie et

l'environnement familier des classes aristocratiques, une sociabilité élégante et

distinguée. En ce sens, l'architecture pavillonnaire des jardins anglo-chinois - à

Kew comme à Potsdam ou à Drottningholm par exemple, ou, dans les Pays-Bas

méridionaux, à Enghien, Beloeil ou Boekenberg -, matérialise des lieux de plaisance,

voire de «libertinage» - au sens intellectuel - liés à de nouvelles formes

de sensibilité, et même à de nouvelles formes de pensée, axées sur la discontinuité,

la diversité et l'esthétique du fragment. Mais, surtout, au-delà, dans un

pays d'étendue réduite, de tradition intellectuelle relativement conformiste, elle

a incontestablement constitué un élément d'ouverture vers le mouvement des

Lumières, et elle a sans aucun doute contribué à forger la prescience d'une certaine

forme de cosmopolitisme et d'appréciation de l'altérité.

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