Allusion et fiction épistolaire dans les Héroïdes : recherches sur l'intertextualité ovidienne

Recherches sur l'intertextualité ovidienne
Les Epistulae Heroidum constituent un véritable paratexte de la poésie grécolatine : la voix pathétique des héroïnes se fait docte et commente les grandes œuvres du répertoire épico-tragique, dialoguant parfois avec les exégèses antérieures, notamment la critique homérique. Le discours savant, le débat lettré transparaissent ainsi fréquemment en filigrane sous la plainte élégiaque des femmes abandonnées. C'est cet aspect de commentaire allusif de la tradition que cherche à mettre en valeur la présente étude, qui s'est attachée plus particulièrement à l'analyse des lettres V (Œnone à Pâris), IX (Déjanire à Hercule) et XIII (Laodamie à Protésilas). Ovide, par ailleurs, exploite à travers les Héroïdes une formule de fiction épistolaire virtuose, qui projette ses lettres dans les œuvres dont elles sont issues. Il s'agit ici, selon une démarche typique des auteurs antiques, de compléter les grands textes. L'originalité du procédé réside cependant en ce que le poète a ménagé les conditions de réception, voire de lecture de ses missives par certains des héros du mythe. Cela occasionne des effets saisissants, notamment pour la lettre IX, dont il est possible d'imaginer la lecture par un personnage des Trachiniennes de Sophocle. Les Héroïdes constituent de ce point de vue une étape décisive et encore trop méconnue de la littérature épistolaire occidentale.