Africultures, n° 98. Les armes miraculeuses : paroles, chants, poésie, littérature, rites et mémoires : les héritages vivants issus des mondes de l'esclavage

"...rouge tous les mots de toutes les langues qui signifient
mourir de soif et seul quand mourir avait le goût du pain
et la terre et la mer un goût d'ancêtre et cet oiseau qui
me crie de ne pas me rendre et la patience des hurlements à
chaque détour de ma langue."
Aimé Césaire, Les armes miraculeuses , 1946.
Pour la troisième édition des colloques organisés à l'occasion de
la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et
de leur abolition, le département de la recherche et des études
au musée du quai Branly avec Françoise Vergès ont choisi
d'explorer les pratiques dites «immatérielles» héritées des
mondes de l'esclavage dans le domaine colonial français. Ces
pratiques toujours renouvelées, toujours vivantes témoignent
de la pluralité culturelle à l'oeuvre en France.
Le titre du colloque Les armes miraculeuses est un hommage
à l'ouvrage d'Aimé Césaire à l'occasion du centenaire de sa
naissance. Cette magnifique expression rend compte des
créations de femmes et d'hommes réduits en esclavage mais
qui échappent aux normes esclavagistes en inventant et en
créant.
Langues, mots, paroles, chants, textes poétiques et littéraires,
rites, jeux de mots, discours, nombreuses furent les pratiques
créatives des personnes réduites en esclavage. Forgées dans
la rencontre et le contact, elles ont enrichi le monde culturel,
artistique et littéraire ; elles sont aujourd'hui des héritages
vivants, des sources de créativité, de réinvention, d'inspiration.
Elles disent l'exil, la mélancolie, le deuil, la joie et l'espoir. Elles
parlent du désir inextinguible de liberté et d'égalité.
Ce colloque a eu pour objectif de présenter ces créations, leurs
évolutions, et la dynamique de leurs transformations sur des
terres de l'ancien monde colonial français. Il a croisé les regards
de chercheurs et d'artistes.