Tête noire : j'ai rencontré le minotaure

J'ai longtemps tourné autour du
labyrinthe : il ne me plaisait pas
que le Minotaure ne soit que le
gibier trop facile d'un beau prince
athénien. Il lui fallait un vrai
destin que les traditions antiques
ne lui avaient pas donné. On
connaissait OEdipe : le vieux
Sophocle lui avait accordé une
seconde chance avec Antigone.
On connaissait Sisyphe : le jeune
Camus a incarné en lui l' Homme
révolté. Enfin Ulysse : une
odyssée d'aventures et de dangers
l'a ramené auprès d'une Pénélope
aussi avisée que lui sous la
protection de la grande Athéna. N'y aurait-il, pour le malheureux minotaure, que
l'abandon d'une mère et la trahison d'Ariane ? Fils honteux d'une Pasiphaé
engrossée par un taureau, n'avait-il pas droit, lui aussi, à une seconde chance ? Et
s'il fallait mourir sous les coups de Thésée fallait-il aussi que l'amour fût refusé au
bâtard de Minos ?
A quoi bon alors un labyrinthe aussi savant ? Quand j'ai appris qu'en Tunisie, à
Susa, j'aurais peut-être une réponse à ces questions, je n'ai pas hésité : une
mosaïque romaine y avait révélé le dessin d'un singulier labyrinthe, une mission
archéologique allait y tenir un colloque, je partais avec elle. Je dois cependant
avouer, n'étant pas spécialiste, que ce n'est pas d'elle que j'attendais les révélations
que j'espérais, c'est plutôt de ce que j'appelais l'esprit des lieux. Attitude
irrationnelle ? Si l'on veut mais qu'importe ! Je devais absolument aller sur place.