Le crâne de Schiller : langue incomparable de la tête de mort

Langue incomparable de la tête de mort : elle unit l'absence totale d'expression
(le noir des orbites) à l'expression la plus sauvage (la grimace
de la denture). Walter Benjamin, Sens unique
1826, Weimar : Goethe fait exhumer les ossements de son ami Schiller,
mort vingt et un ans auparavant. Comme une manière de prolonger
le dialogue avec lui, il place le crâne de l'illustre poète sur sa table de
travail. Puisant son inspiration dans cette dépouille macabre, il rédige
un magnifique poème imité de Dante, qui fait entendre l'écho de la pensée
divine que recèle encore cette muse lugubre.
À partir de ce trait historique, Gilles Jallet propose un parcours original
dans la littérature, de Goethe à Celan, en passant par Novalis, Hölderlin,
Mallarmé, Joë Bousquet, Roger Laporte et André du Bouchet, afin
d'étudier cette «langue incomparable» qui, de l'intérieur, vient ruiner,
briser et désintégrer, comme une tête de mort, la belle totalité et l'ordonnance
harmonieuse du poème goethéen. Un essai de critique littéraire
alerte et fascinant.