Souvenirs

Ce livre de souvenirs rassemble des textes écrits par
Marina Tsvetaïeva dans l'émigration, sur des écrivains
qu'elle avait bien connus et qui étaient restés en Russie.
Ce sont des hommages brûlants de ferveur en mémoire de
Maximilian Volochine, André Biely, Mikhaïl Kouzmine et
Valeri Brioussov. Elle apprend la mort d'un homme qui
lui a été proche et dont l'exil l'avait séparée ; et voilà que
cette séparation est définitive. Sous le coup de l'émotion,
les souvenirs affluent. Pour Mandelstam, qu'elle savait
toujours vivant mais dont elle n'avait pas de nouvelles, c'est
l'indignation qui la pousse à prendre la plume : un article
calomnieux paru à Paris dans un journal de l'émigration
lui dicte une réponse cinglante. Elle a toujours le même
réflexe : défendre ce qui fut sa vie, défendre ses amis.
«Les morts sont sans défense», disait-elle. Les absents
aussi : ils ne peuvent répondre.
Ceux dont elle parle ne sont pas des objets d'étude, mais
d'amour et de compassion - sauf un, Valeri Brioussov, le
maître contre qui elle s'était rebellée. Ce qu'elle écrit n'est
pas de la fiction, mais des souvenirs recréés, transformés
en mythe. Qu'importe ! c'est une subjectivité revendiquée.
Marina aime, Marina déteste, Marina se passionne, défend,
attaque. Les récits sont alertes, drôles, émouvants, pleins
de vie. Leurs héros pouvaient-ils souhaiter plus beaux
«tombeaux» ? surtout Mandelstam et Volochine, ceux que
sans doute elle aima le plus : comme elle, ce sont des morts
sans sépulture connue.
De ses rencontres, il nous reste donc un «exercice de
détestation» et quatre «exercices d'admiration», genre
où Marina Tsvetaïeva excelle : et c'est une oeuvre d'une
éblouissante maîtrise.