Le défi japonais : Tokyo s'ouvre au monde

Le Japon est-il un acteur international «comme les autres» ?
La politique étrangère nippone se caractérise tout d'abord par
un ensemble de contradictions qui en rend le décodage complexe.
Le Japon n'est-il pas doté d'une Force d'autodéfense ultramoderne
alors que la lecture politique de l'article 9 de sa Constitution
excluait jusqu'en 1954 l'existence même de toute force armée et
que les constitutionnalistes en dénoncent encore l'illégalité !
Le tournant irakien de 2003 fut exceptionnel et substantiel. En soutenant
politiquement la guerre conduite par les États-Unis en Irak et
en fournissant une présence militaire sur place, Tokyo osait sortir de
l'engagement politique feutré et du risque zéro qui caractérisait la
période de l'après-guerre. Ce mouvement n'est pas celui d'un aveu
d'impuissance face à la pression américaine mais puise dans une
histoire politique tourmentée et dans un «besoin d'être».
Dès 1951, la classe politique japonaise se divisait déjà entre ceux
qui prônaient l'alliance avec les États-Unis et ceux qui prônaient
l'indépendance. De même, la relation de Tokyo au monde est aussi
profondément liée à la quête d'une identité nationale, problématique
depuis cent cinquante ans. À la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, le Japon ne
voulait-il pas «quitter l'Asie pour rejoindre l'Occident» ?
Si la diplomatie japonaise s'est concentrée ces dernières années
sur des questions internationales majeures - le développement, la
sécurité humaine, les missions humanitaires - elle peine à faire du
Japon un acteur visible dans les grandes décisions mondiales, alors
qu'il reste une puissance économique et financière incontournable.
En s'appuyant sur des discours phares de la politique étrangère
depuis 1945 ainsi que sur les textes représentatifs des courants
de pensée japonais, cet ouvrage replace la diplomatie japonaise
dans une dimension historique et offre un regard complet sur sa
complexité et ses évolutions récentes.