Au vrai chic bordelais

Autant qu'un style, l'Art déco est une époque, mieux : un art de vivre, qui
correspond à la période de l'entre-deux-guerres. Au sortir du premier conflit
mondial, les Français éprouvent une irrépressible fringale de changements.
Il leur faut réapprendre à rire et à s'amuser, quitte à se griser de nouveautés
parfois un peu frivoles.
Chacun tente de profiter de l'instant présent. Dans la rue, la femme nouvelle
affiche son émancipation en fumant, en se libérant du corset ou en
se coiffant à la garçonne. C'est aussi la démocratisation du tourisme, la
course à la vitesse et les concours d'élégance avec voitures grand genre.
Préfigurant la publicité, la réclame prend alors une nouvelle dimension.
«Désir, plaisir, loisir» pourrait être la devise des communicants de
l'époque. La répartition des rôles et des stéréotypes s'opère : si la femme
est naturellement élégante, l'homme est par définition moderne...
Lieu de sociabilité par excellence où la haute bourgeoisie côtoyait les gens
du peuple, le Grand-Théâtre a tout particulièrement illustré, dans les programmes
annuels de saisons ou les livrets d'opéras, cet air du temps, à travers
les nombreuses publicités qui en constellaient les pages.
Souvent drôles, racées, ces vignettes Art déco nous amusent autant qu'elles
nous renseignent aujourd'hui sur les modes du passé, tout en nous renvoyant
le reflet de notre propre époque, soumise au diktat des images, des
slogans et de la consommation à grande échelle.