Privé de titre

La Sicile à l'aube du fascisme. La nuit du 21 avril 1921,
lors d'une échauffourée dans les ruelles de Caltanissetta, le
jeune Lillino Grattuso, sympathisant fasciste, est tué d'une
balle de revolver. Bientôt, les témoignages et les rapports
«officiels» accusent Michele Lopardo, sympathisant
communiste, de l'avoir assassiné. À mesure que s'étend la
politique de l'huile de ricin, la victime devient peu à peu, à
grand renfort de rhétorique et de propagande, le «seul et
unique martyr fasciste de toute la Sicile». On assiste alors à
l'édification d'une réalité virtuelle voulue par le régime et
relayée à tous les niveaux de la société.
Toujours drôle et incisif, Andrea Camilleri démonte,
derrière cette pantalonnade terriblement efficace, la mécanique
de la mise en scène de la vérité : si un innocent est injustement
poursuivi en justice, la victime, elle, sera spoliée de sa dignité
de «simple mort privé de titre».