Cultures juridiques en quête de dialogue

Cahiers d'Anthropologie du droit
La difficulté de l'État à générer tant une légitimité forte qu'une effectivité
du droit produit par ses institutions repose sur deux constats issus de la
recherche conduite par les spécialistes des sciences humaines et sociales
ainsi que par les juristes. Le premier est que les cultures juridiques, c'est-à-
dire les manières de vivre et de penser le droit, sont encore aujourd'hui tout
aussi diversifiées que les cultures elles-mêmes ; le second est qu'il existe
un risque d'ineffectivité du droit commun, lié à la nature changeante des
attentes et des conflits sociaux et des crises politiques récurrentes.
Ces bouleversements sont de nature non seulement à fragiliser l'État
mais dans le même temps à déposséder les populations, dès lors que les
institutions politico-juridiques prétendent imposer une culture juridique hégémonique
ou une figure de la juridicité qui fait l'impasse sur les représentations,
les réalités et les attentes de ceux qui sont les acteurs légitimes
du vivre-ensemble. La légitimité de l'État de droit dépendrait alors de sa
capacité à générer des scènes de dialogue, aptes à articuler les attentes
contemporaines de droit tout en affrontant paradoxes et contradictions.
Cette publication sous la direction de Gilda Nicolau (Université Paris 1)
et de Fabrice Hourquebie (Université de Bordeaux) est le premier résultat
d'un travail de recherche en droit comparé mené par des jeunes chercheurs
de l'Université de Bordeaux (CERCCLE) et du Laboratoire d'anthropologie
juridique de Paris 1 (LAJP-UMR de droit comparé) dans le cadre d'un projet
de recherche international soutenu par l'Agence universitaire de la francophonie
(AUF) : Nouvelles figures de l'État de droit et légitimation du droit par
le dialogue des cultures juridiques.