Conversations avec Albert Cohen

«Je ne mens que provisoirement», disait Albert Cohen. Cette
phrase, il me la répéta encore quand j'osai lui faire remarquer la fantaisie
avec laquelle il avait répondu aux questions de Jacques
Chancel lors de ses dernières interviews. Majestueux, il ajouta :
«Vous arrangerez ça !»
Dès le début des douze ans de notre fréquentation, il avait toujours
voulu que j'écrive sur lui. J'ai donc écrit et je continue d'écrire,
puisque sa biographie dans les volumes de la Pléiade ne correspond
toujours pas à la vérité que tout écrivain mérite. Belle du Seigneur ,
roman publié pour l'essentiel en 1968, a été terminé en 1938,
date à laquelle l'oeuvre s'accompagnait d'une seconde partie tout
aussi volumineuse et géniale, détruite, paraît-il, selon ses voeux et
dont il me lut des pages au printemps 1978. Au collège, ses camarades
le surnommaient «Albert le roi-mystère». Devenu écrivain, le
roi a continué son règne.
J'ai mené l'enquête avec l'amitié de sa fille, de sa secrétaire des
années trente (celle qui, en 1940, sauva les manuscrits en les
confiant à la Légation de Suisse alors que la Gestapo fouillait déjà
l'appartement de Paris), d'un cousin, de Marcel Pagnol et de bien
d'autres témoins. Cette curiosité part de mes conversations avec
Albert Cohen.
G. V.