Traité des sacrements. Vol. 6. L'onction des malades : rédemption de la chair et par la chair

Profondément enraciné dans les innombrables guérisons de malades
qui jalonnent l'évangile et dont Jésus lui-même affirme qu'elles sont le
signe des temps messianiques et de l'avènement du Royaume, le sacrement
des malades a ceci de particulier qu'il manifeste que le salut apporté par le
Christ ne s'adresse pas seulement à l'esprit ou au coeur, mais intéresse
également le corps.
C'est précisément cela qui a dérouté les théologiens et les a conduits à
méconnaître la spécificité de ce sacrement pendant une longue éclipse,
allant de la réforme carolingienne à Vatican II, durant laquelle, sous le
nom d'extrême-onction, il n'a plus représenté qu'un substitut du sacrement
de pénitence à l'approche de la mort, en délivrant des dernières
séquelles du péché, ou même en pardonnant les fautes que le moribond n'a
plus les moyens de confesser.
Il est temps de retrouver la véritable signification du sacrement des
malades, qui est la rédemption du corps et par le corps, en vertu de la
proximité de la souffrance physique avec la Croix du Christ. D'une part, le
Christ souffrant «prend sur Lui nos infirmités et se charge de nos maladies»,
la puissance de sa résurrection nous apportant une grâce de réconfort
et allant parfois jusqu'à nous guérir, comme une ébauche et un signe
avant-coureur de la résurrection de notre chair. D'autre part, le Christ
donne un sens à notre souffrance en l'unissant à la sienne pour le salut du
monde, nous faisant ainsi participer à son oeuvre de rédemption, en «complétant
dans notre chair ce qui manque à la Passion du Christ pour son
Corps qui est l'Église.»