Jean Giraudoux : la crise du langage dans La guerre de Troie n'aura pas lieu et Electre

Jean Giraudoux est l'inventeur d'un langage dramaturgique à la fois
littéraire et oral. Dans La guerre de Troie n'aura pas lieu et Électre , il
entrelace les genres et les tons : la sentence se mêle à l'ironie, les scènes
de vaudevilles aux scènes pathétiques, la familiarité, l'oralité à l'élégance
et au poétique, les anachronismes sont nombreux, le comique côtoie le
tragique. Toutefois, ce langage mosaïque n'est pas un simple ornement, il
est le fondement même du théâtre giralducien. La tragédie devient le lieu
par excellence d'une crise du langage. Les personnages ne parviennent
plus à communiquer, ils ne font que se quereller et tiennent parfois des
propos énigmatiques et incompréhensibles. Ils parlent sans cesse et
n'agissent pas. Le langage est le moteur de l'action, il influe lui-même sur
le sort des personnages et les mène à leur perte. Ce langage en crise
devient le ressort privilégié du tragique. Cette désarticulation du langage
est éminemment moderne, elle participe de la déconstruction du
personnage qui touchera le théâtre des années 1950. À bien des égards,
Giraudoux préfigure le théâtre de l'absurde qui poussera à l'extrême cette
crise langagière.