Les émigrants : quatre récits illustrés

«Je vois les pièces vidées. Je me vois assis tout au sommet de
la carriole, je vois la croupe du cheval, la vaste étendue de
terre brune, les oies dans la gadoue des basses-cours et leurs
cous tendus, et aussi la salle d'attente de la gare de Grodno
avec, au beau milieu, le poêle surchauffé entouré d'une
grille et les familles d'émigrants regroupées tout autour. Je
vois les fils du télégraphe montant et descendant devant les
fenêtres du train, je vois les alignements des maisons de
Riga, le bateau dans le port et le recoin sombre du pont où,
autant que l'entassement le permettait, nous avions installé
notre campement familial.»
Entre le document, l'enquête et la fiction, le narrateur,
double de l'écrivain, fait sortir de l'ombre des personnages
dont la vie a été brisée par les douleurs de la séparation, la
mort, le mal du pays. Ce récit de pérégrinations aux quatre
coins de la terre apparaît comme le livre de ceux qui ont
perdu leur monde, mais aussi le livre du temps retrouvé.