Rêves mauresques : de la peinture orientaliste à la photographie coloniale

L'orientalisme, né des grands voyages vers l'Orient "mystérieux",
fut une mode de l'Occident qui prit successivement plusieurs aspects.
Il se fondit, pour terminer, dans l'esprit colonial. Sinon le territoire
imaginé, rien de commun entre le Mamamouchi de Molière
et ces jeunes femmes, peintes ou photographiées. Toutefois,
la matérialité de la photographie ne doit pas nous induire en erreur :
ces jeunes femmes n'existent pas... Elles ont peut-être existé
dans une autre vie, mais ne les cherchez plus. Elles appartiennent
à une ethnie virtuelle : celle des "Mauresques", variante piquante
des fantasmes de l'orientalisme finissant figé par le bromure
ou la peinture artiste.
Pour la plupart, ces photos de René Prouho et de Jean Combier furent
publiées en cartes postales. L'image était destinée à soutenir, au recto,
la correspondance appliquée d'une clientèle locale, mais, plus encore,
celle, importante et sans cesse renouvelée, des jeunes soldats venus
de la métropole. Le succès de certains sujets amena la constitution
de collections qui s'appuyaient sur deux axes : les décors et paysages
du Sud ; les Mauresques. Le goût et les souhaits de René Prouho
comme de Jean Combier rencontrèrent les goûts d'un public enchanté
par ces "scènes et types" présentant humains et paysages
dans des compositions toujours très maîtrisées.