Paul Beyer

Les arts du feu procurent une variété de réponses aux désirs créatifs. Verre,
métal et céramique offrent leur complexité organique à de multiples interrogations.
Apprendre l'un c'est aborder l'autre, comprendre les deux c'est
embrasser la dernière ; ainsi fut comblée l'existence de Paul Beyer. Mais, indépendamment
du moyen choisi, il revenait à l'artiste la mission de construire un
monde, et si la terre contrainte au feu volontaire de l'homme fournissait à celui-ci
l'abondance de la matière, elle ne manquait pas d'adjoindre à cette aubaine la
difficulté de mise en oeuvre. Donc, pour compter, il fut impérieux d'être simultanément
technicien accompli et artisan habile, seule cette conjonction ferait du
potier-sculpteur un bâtisseur. Mais édifier est insuffisant, encore faut-il associer
à cette faculté un idéal propre à transformer un travail estimable en oeuvre d'art.
A cet instant le médium devient accessoire, abandonnant le domaine l'ouvrage
échappe aux dénominations restrictives ordinairement dévolues aux disciplines
appliquées et le regard, éclaireur de la pensée, abolit la substance pour confier le
message à la mémoire. Il est donc essentiel de ressentir, fruit de l'intériorité, la
dimension personnelle, celle qui fait de l'artisan, forgeant son oeuvre dans le
creuset d'un style, un artiste.
Profitant pleinement de l'époque, à la frontière du monde rural et du monde
citadin, dialoguant sans cesse entre le réel et l'imaginaire, l'initiateur perçoit la
nature profonde de l'univers et l'interprète à sa guise. En modifiant peu mais
juste il donne le souffle vital à l'ordinaire, proposant une innovation affranchie
du mépris traditionnellement affecté aux objets usuels. En magicien qui procure
au passé la chance de servir le présent et d'envisager l'avenir, Paul Beyer féconde
indubitablement le thème populaire. Progressivement, cette matière rustique
animée par lui installera le grès comme instrument définitif de la modernité. Son
art offrira au tournant des années 1950 une référence préfigurant le laboratoire
plastique que deviendrait La Borne.