Un dimanche à Auschwitz

Laurent
J'avais cherché avec effarement le nom d'Auschwitz - Oswiecim en
polonais - sur des cartes de l'Europe d'aujourd'hui. Depuis longtemps,
je voulais y aller, "pour voir".
Yaël
Jamais je n'aurais même conçu l'idée d'y aller un jour, n'étaient les
rebonds d'une histoire familiale bousculée. Ce 18 mars 2001, agrippée à
ma liberté d'appréhender ce lieu à ma façon, j'étais pourtant à Auschwitz.
Laurent
Dans la journée, je croisai à plusieurs reprises le regard aiguisé d'une
jeune femme.
Yaël
Dans l'autobus entre l'aéroport de Cracovie et Auschwitz, j'avais repéré
un photographe au long cou, dégingandé et discret. Et lui, où regardait-il ?
Comment ? Quoi ?
Laurent
Dans ma quête des échos du passé, décontenancé, je me cognais aux
vivants. À mon corps défendant, c'était le présent que je photographiais.
Yaël
Traversée d'une vitalité inattendue, je marchais à côté d'inconnus, juifs
et non juifs, des mots à fleur de lèvres, des bribes d'histoires et d'interrogations
à partager... Ce voyage venait ponctuer en un endroit crucial la
vie de chacun dans une proximité acceptée avec la présence de la mort.
Laurent
"Je voudrais mettre des mots sur tes photos", m'a dit Yaël au retour. Elle
m'entraînait au-delà de mon questionnement sur l'impossible regard, en
quête de ce que d'autres avaient vécu ce jour-là. L'idée du livre était née.
Yaël Holveck et Laurent Wajnberg