Les prémices du génocide rwandais : crise sociétale et baisse de la cohésion sociale

Un génocide constitue l'aboutissement d'un lent processus qui
s'inscrit au coeur d'une situation socio-politico-économique particulièrement
défavorable. Reléguant au second plan le récit du
génocide lui-même, cet ouvrage vise à mettre en lumière le contexte
sociopolitique qui prévaut au Rwanda quatre ans avant la tragédie de 1994.
En 1990, la position du chef de l'Etat rwandais, fortement incité à mettre
un terme au monopartisme au profit d'un partage plus équitable du
pouvoir, est des plus inconfortables. Par ailleurs, le pays connaît une crise
économique qui déstabilise les citoyens et les rend d'autant plus critiques
à l'égard du gouvernement. Le 1<sup>er</sup> octobre 1990, le bras armé du Front
patriotique rwandais (FPR) lance sa première incursion sur le territoire
rwandais. Celle-ci et toutes celles qui vont suivre seront à l'origine de très
importants déplacements de populations à travers le pays : près d'un
million de Rwandais se retrouveront sur les routes au début de l'année
1993, fuyant devant le FPR. A l'affût d'une cible vers laquelle détourner
les griefs populaires s'exprimant à l'encontre du gouvernement depuis bon
nombre d'années, certains groupes d'influence pointent du doigt le
groupe social constitué par les Tutsi. Distillant la crainte et la méfiance à
leur égard, ils parviennent ainsi à fragiliser le lien qui unissait les Hutu à
leurs concitoyens tutsi. C'est le début d'une «déliaison» sociale qui, au
final, favorisera le déclenchement du génocide.