Quand je te reverrai

Seize nouvelles jamais réunies en recueil à ce jour, dispersées dans
diverses revues entre 1942 et 1973, qui ont l'air de raconter seize fois
la même histoire, et qui se donnent seize façons de nous égarer, de
nous désespérer - pour mieux nous émerveiller.
La même histoire... Un garçon rencontre une fille et la perd. Pourquoi
s'insurger ?... puisque le monde en son entier semble conspirer à le
persuader que cette fille-là n'est pas pour lui. Mais qui saura jamais
dire ce qui est pour nous, parmi l'énigmatique banalité de ce qui
advient sous le ciel ?
Reste presque toujours au héros de l'affaire - en général un anti-héros
de la bonne espèce - la simple promesse d'un regard, d'une chanson
envolée, d'un silence bizarrement partagé, qui témoigne en secret
que la vraie vie est autre : à la fois absente de partout et violemment
présente en sa feinte invisibilité (dans les Ardennes, la famille de
Dhôtel cousinait vaguement avec celle de Rimbaud).
Peu importe dès lors l'issue bonne ou mauvaise de l'aventure. Peu
importe même si celui ou celle que l'on s'est promis de revoir un jour
revient trop tard ou ne revient pas du tout. L'essentiel, sans doute, est
d'avoir aperçu, même le temps d'une seconde, la fêlure ouverte dans
le mur obtus de ce que les gens sérieux appellent le réel, par quoi se
fait brusquement jour une lumière incompréhensible, plus vraie que
toute réalité prétendue, et si merveilleusement inutile qu'on est tenté
de lui donner le beau nom, si inutile lui aussi, de vérité.
Seize histoires qui n'ont l'air de rien, mais où il n'est pas interdit de
s'attendre à tout.