Echographie cervicale et nodules thyroïdiens

Passionnante et complexe, la pathologie de la glande thyroïde est également extraordinairement commune
par la fréquence des nodules isolés ou des goitres pluri-nodulaires qui pose, pour leur seule prise en
charge, un vrai problème de santé publique.
Si en effet on admet que "seulement" 2 à 4 individus adultes sur 100 sont porteurs d'un nodule palpable,
à l'autopsie de sujets cliniquement indemnes, ce que l'on peut appeler la "vraie" prévalence, atteint le
chiffre de 50 % ; la grande majorité de ces nodules sont et resteront bénins, la dégénérescence demeurant
rare (l'incidence annuelle est estimée selon les pays entre 0,5 à 10 cas pour 100.000), les nodules tumoraux
constituant 5 à 15 % des grandes séries chirurgicales publiées. Le bon pronostic reconnu à ces
derniers, tout du moins pour les cancers différenciés, ne doit pas occulter le fait qu'environ un tiers des
patients, le plus souvent dans les dix premières années mais également au-delà, présentent une récidive,
que celle-ci échappe au traitement dans 30 % des cas et que 15 % des patients en décèdent.
C'est donc bien la gestion de ce "risque cancer" qui doit servir de fil conducteur à la démarche
diagnostique et à une éventuelle indication opératoire.
Avant les années 80, l'imagerie était limitée et la stratégie simple : seuls schématiquement les nodules
palpables étaient explorés, la scintigraphie distinguait les "chauds" des "froids" parmi lesquels se
trouve la majorité des cancers et donc, on opérait les nodules palpables et froids, ce qui permettait de
traiter les 10 % de cancers mais entraînait l'ablation de 90 % de nodules bénins.
Une relative complexité s'est imposée avec le développement de techniques performantes, l'échographie
haute définition et la cytoponction à l'aiguille fine (écho-guidée ou non), puissants moyens d'aide à la
décision dont la diffusion, l'innocuité et la fiabilité ont transformé la stratégie de prise en charge au prix, il
est vrai, d'une incidence économique en terme de dépenses progressivement croissante et d'une accentuation
certaine de la pression psychologique sur des patients dont pourtant le plus grand nombre n'auront
aucun besoin de traitement. C'est ainsi qu'aujourd'hui, il n'existe pas un sujet porteur d'une pathologie
thyroïdienne qui n'ait eu d'échographie. C'est devenu un prolongement de l'examen clinique (peut-être
mieux enseigné que ce dernier en Faculté ...) et à ce titre, c'est l'ensemble de la profession médicale qui
est concernée.
C'est un défi médical de plus que celui d'une démarche explicative, adaptée à chacun ainsi que celui d'une
prise en charge raisonnée de ces si nombreux patients, angoissés par la découverte souvent fortuite d'une
pathologie thyroïdienne et qui cherchent une information fiable et compréhensive dans les nombreuses
bases de données accessibles déjà au grand public.
Là plus qu'ailleurs, avec pour seul objectif une médecine sobre et efficiente, il y a nécessité de mise en
cohérence de nos pratiques et c'est le mérite de Pierre-Yves Marcy et de ses collaborateurs de rendre
accessibles aux lecteurs de ce superbe atlas, d'une part le pré-requis et les informations nécessaires à
l'évaluation des bénéfices réels de ces techniques, et ce dans tous les différents secteurs de la pathologie
thyroïdienne et parathyroïdienne, et d'autre part de permettre leur intégration, au jour le jour, dans nos
stratégies de prise en charge des patients.
Avec beaucoup de simplicité mais également de rigueur, les auteurs nous apportent ainsi un guide
précieux sans jamais tomber dans le piège qui laisserait croire à l'existence d'une réponse univoque en
matière diagnostique ou thérapeutique. L'expérience personnelle de chacun des cliniciens, les préférences
d'un patient dûment informé et les valeurs de la société conservent toute leur importance dans la décision
finale.
Professeur François Demard