Guère à la guerre ou Le pacifisme dans le cinéma français (1936-1940)

Pendant la deuxième partie des années trente, la France connaît
une série de soubresauts politiques considérables, passant sans
transition de l'euphorie du Front populaire au drame de la Guerre
d'Espagne, de la mobilisation de septembre 39 à la débâcle de
juin 40. 1938 marque avec la crise des Sudètes et la conférence
de Munich le paroxysme de cette période de troubles moraux et
sociaux qui secouent mortellement la République. Entre idéal et
renoncement, le pacifisme cristallise les passions, structurant la
société française en profondeur.
La peur de l'Allemagne, la force de propagande du national-socialisme,
le souvenir vivant de l'enfer des tranchées paralysent
la France : le pacifisme semble répondre à toutes ces angoisses.
Comment décrire ce rapport tellement particulier des Français
à la guerre ? Quelles sont les dispositions qui à l'intérieur de la
société française ont rendu impossible le combat en 1940 ? Quel
rôle a joué la culture de la Paix dans la débâcle ?
L'analyse de film peut nous aider à répondre à ces questions, en
offrant au spectateur contemporain des représentations fidèles et
instantanées, qui laissent apparaître les lignes de fracture et de
résistance de la société française face au péril nazi. De « La vie est
à nous », film de propagande réalisé en 1936 par Jean Renoir pour
le PCF à « Après Mein Kampf, mes crimes » d'Alexandre Ryder, extravagant
et unique film antinazi de la Drôle de guerre, Guère à la
guerre dévoile un pan méconnu de l'histoire du cinéma français.
Cet ouvrage apporte un éclairage nouveau sur ce moment de déliquescence
républicaine, période fondamentale pour comprendre
la France du XX<sup>e</sup> siècle.