Et si nous refusions la MacDonaldization du goût !

Si le souvenir de la date de ma première rencontre avec Jacques est incertain dans
ma mémoire, à l'inverse, je n'oublie pas que j'étais son élève et que le cuisinier que
je suis aujourd'hui lui doit beaucoup.
Toutes ses méthodes pour apprendre à manger ou à déguster sont nécessaires si
l'on veut se démarquer de l'homme ordinaire.
Rabelais, dans le Manoir de Gaster, nous enseigne dans la langue sacrée que la
nourriture a quelque chose à voir avec le Naître.
Cette longue patience est une conception civilisatrice et libératrice de l'homme
qui nous permet de découvrir notre appareil de mesure qu'est le goût . Si cuisiner
ou vinifier c'est passer de la nature à la culture, déguster de même qu'entendre
ou voir, est une technique proche de l'éveil. Aussi, la lecture de la gastronomie
ne peut pas se réduire au simple plaisir primaire de l'apaisement d'un besoin.
Laissons place, enfin, à Monsieur l'Appétit - éducateur de Gargantua - ou à
Panurge qui, selon l'étymologie savante, signifie le «pain urge».
Et sans plus attendre, partons à la découverte des démonstrations de ce magnifique
livre et dégustons lentement et sans modération le contenu.
Bon appétit !
Alain Senderens
Dans cet ouvrage, Jacques Puisais nous invite à partir de ce que nous mangeons et buvons au
quotidien, à un subtil face à face nous conduisant hors des sentiers battus de la nouvelle pensée
unique alimentaire.
Pensée qui contraint nos comportements, culpabilise nos esprits et in fine prohibe les plaisirs
de la table. Il nous apprend ou nous réapprend le sens de nos cinq sens, sans jamais succomber
au «nouvel ordre nutritionnel mondialisé». Un ordre qui, lui, se réduit souvent à un seul
sens : le sens interdit.
Mets 68... pourrait scander Jacques Puisais pour sonner le glas de la révolution alimentaire ?
A cela il préfère une révolte ferme et exigeante mais pacifique et didactique. Ainsi, nous guide
t-il avec une précision spontanée dans les méandres des plaisirs alimentaires retrouvés avec
une légèreté du propos et des démonstrations pertinentes qui, jamais, ne deviennent conseil
péremptoire, mais restent tout naturellement une recommandation à acheter «juste» pour
consommer «juste». Et quand Jacques Puisais se risque à une injonction, c'est simplement
pour nous inviter à faire nôtre une pensée philosophique librement empruntée à Descartes :
« Je goûte, donc je suis ».
Alors «suivons-le» et goûtons notre plaisir de lecteur dans son monde libéré de la
«MacDonaldization». Car, Jacques est tout sauf fataliste.
Docteur es Sciences à l'Université de Poitiers, Jacques Puisais est, dans la vie
comme dans ses ouvrages, un acteur engagé pour la cause du "milieu", le règne de
l'eau, la terre, le soleil et le vent, tout en valorisant l'homme et son savoir-faire.
Membre de nombreuses et prestigieuses académies, il a notamment présidé
l'Union Internationale des OEnologues, l'Académie Internationale du Vin,
l'Institut Français du Goût.
Ce spécialiste apporte une expertise scientifique et une expérience poétique dans
l'intervention des messages visuels, olfactifs, tactiles et même acoustiques, auprès
des sensations gustatives.
Du nucléaire au lait pour enfant, cet épicurien mène la quête du "goût juste", celui
qui permet à tous nos sens d'être, pour un instant, synchrones.