Café amer : 643 jours pour l'emploi

Ce jour-là, j'ai interpellé le préfet à l'aide de notre sono mobile.
«Monsieur le préfet, je vais vous citer une phrase, et je vous
demanderai qui l'a dite le premier. Vous êtes un érudit, vous
devez connaître la réponse : Sans justice sociale, la République
ne vaut rien». J'ai scandé ces mots de toutes mes forces. Mes collègues
délégués dans la préfecture m'ont entendu clairement, le
préfet aussi. Des gens, dans la rue, se sont arrêtés. J'ai continué
: «Est-ce que ce sont les paroles d'un syndicaliste, d'un politicien,
d'un sociologue... ? Non, ce sont les paroles d'un prêtre,
Jacques Roux, prononcées en 1792, avant qu'on l'assassine. Et
ce prêtre était un des enragés, lors de la Révolution française.
Aujourd'hui ces mots ont gardé tout leur sens : Sans justice
sociale, la République ne vaut rien».
Je suis méridional, j'aime que le bleu du ciel se mélange
à celui de la mer. Quel plus bel horizon peut-on espérer ?
Pour pouvoir garder la chance de profiter de cette beauté,
je suis prêt à me battre. Alors, quand Nestlé, quelques investisseurs
de l'ombre et politiciens gris ont voulu rayer mon usine
de la carte, je n'ai pas eu le choix. Il m'a fallu rester debout.
Je m'appelle Patrice, j'ai cinquante ans, mais avant
j'ai été un enfant...