Cet obscur objet de désirs : autour de L'origine du monde

Mystérieux comme le sourire de Mona Lisa, L'Origine du monde est
sans doute le tableau le plus célèbre de Gustave Courbet mais
aussi le plus sulfureux. Peint en 1866 pour un riche et excentrique
collectionneur Ottoman, il n'a cessé par son audace et sa franchise de choquer
et de fasciner. Iconique, cette oeuvre unique est pourtant restée longtemps
invisible, jusqu'à son entrée au musée d'Orsay en 1995. Tour à tour cachée
derrière un rideau, dévoilée, disparue, vendue, dissimulée derrière un autre
tableau, pillée, retrouvée, copiée, exposée... son parcours est empreint de
zones d'ombre, de non-dits, d'hypothèses et de tentatives de désinformation
qui n'ont fait qu'accroître sa force subversive.
Alors même que l'absence de visage permet à la toile d'échapper à toute
connotation obscène, L'Origine du monde pose de façon troublante la question
du regard - celui de l'artiste, du collectionneur et du regardeur - et marque
une étape décisive dans la représentation du nu féminin : de la métonymie à la
focalisation sur l'objet du désir.