Eugène Delacroix

Parce qu'il a peint La Liberté guidant le peuple
en 1830, on pense qu'Eugène Delacroix est un
révolutionnaire. Parce qu'il a scandalisé avec La
Mort de Sardanapale , on en fait un artiste maudit. Les
apparences sont trompeuses.
Parisien exotique et sauvage raffiné, homme d'ordre et
rêveur violent, involontaire chef de file des romantiques,
Delacroix est inclassable et inaliénable. Mal connu,
parfois mal aimé, ses paradoxes contribuent à la froide
réception qu'on lui réserve encore. En 1923, Élie Faure
disait qu'on prononçait son nom avec déférence, mais
sans chaleur. C'est toujours vrai.
C'est pourquoi Marie-Christine Natta s'attache à suivre
les méandres d'une nature complexe pour nous raconter
l'homme trop souvent caché derrière l'oeuvre. S'il est
généralement mal compris, c'est qu'en offrant sa vie
à la peinture il se forge un masque de dandy pour se
préserver des attaques féroces des critiques et des
envahissements du coeur. Reste que la vie de Delacroix
est à redécouvrir. D'une inépuisable fécondité, elle fait
resplendir, selon Baudelaire, les «beaux jours de l'esprit».