La gauche du capital : libéralisme culturel et idéologie du marché

L'effacement du clivage droite-gauche, chaque jour plus accentué en cette
période de crise, fait apparaître la grande complémentarité du libéralisme
économique, resté longtemps l'apanage de la droite, et du «libéralisme libertaire»
(expression créée dès 1972 par le sociologue Michel Clouscard) constamment
promu par la gauche. Dans ce livre, Charles Robin s'emploie à montrer que cette
complémentarité s'explique par une commune inspiration doctrinale remontant
à la philosophie des Lumières. Loin d'être l'effet d'une «trahison» envers ses
principes fondateurs, le retournement libéral de la gauche et sa soumission
spectaculaire aux exigences du Capital résultent au contraire d'une profonde
logique inscrite dans son histoire.
À la suite de Jean-Claude Michéa, l'auteur, qui a milité dans le passé au
Nouveau parti anticapitaliste (NPA), invite à remonter aux sources du projet
libéral afin d'en saisir la genèse intellectuelle. Il montre en quoi l'individualisme
économique qui définit le modèle anthropologique de la droite rejoint une
conception de l'individu dont le cadre d'épanouissement serait fourni par la
société «plurielle» et «progressiste» tant célébrée par la gauche et l'extrême
gauche. Il explique du même coup pourquoi la gauche privilégie désormais le
«sociétal» au détriment du social, sans souci des catastrophes engendrées dans
les classes populaires par l'application forcenée des principes du Marché. Olivier
Besancenot et Laurence Parisot, même combat ! Seule la prise en compte de ces
deux «faces» du libéralisme permet de saisir le rôle essentiel du discours culturel
de la gauche dans le processus de domination capitaliste marchand.