Gombrowicz, une gueule de classique ?

L'écriture de Witold Gombrowicz (1904-1969) signale, en écho de son
destin singulier, l'originalité de l'oeuvre d'une figure majeure dans la
littérature du XX<sup>e</sup> siècle : l'élaboration d'une voix, d'une langue théâtrale
et romanesque, d'un univers enfin où se conjuguent les grands
axes de l'évolution de l'art contemporain.
Le recueil d'articles que nous remettons entre les mains du lecteur se
propose de parcourir cette oeuvre (en mettant l'accent sur l'enquête
critique qui l'a accompagnée, secondée, interpellée, voire contaminée)
et de dresser une sorte de bilan de ce demi-siècle de recherche gombrowiczienne.
L'oeuvre de Witold Gombrowicz a cette particularité d'être circonscrite
par une forteresse d'autocommentaires qu'il aima à édifier lors
des dernières années de sa vie, soumettant ses romans et ses pièces de
théâtre à des explications «clef en main» et sa vie à une réécriture
destinée à créer un effet de cohérence interne. D'où une sorte de défi
lancé à tout critique voulant s'aventurer dans le labyrinthe de ses textes,
phénomène qui, en réponse, «accoucha» d'une frénésie de travaux
critiques consacrés à l'écrivain.
À travers les principales étapes de ce dialogue entre l'oeuvre et ses
commentateurs et la diversité d'approches qu'il a engendrées, se
dégage l'extrême modernité et universalité de l'édifice littéraire de
Gombrowicz, capable de répondre aux principales interrogations qui
ont guidé l'aventure intellectuelle du XX<sup>e</sup> siècle.