Hermès, n° 35. Les journalistes ont-ils encore du pouvoir ?

Les médias ont une influence de plus en plus grande sur la
société. À l'intérieur de ceux-ci, les journalistes alimentent le public
en informations. De ces deux évidences, on en conclut hâtivement
que les journalistes ont beaucoup de pouvoir. C'est à l'examen
critique d'une telle assertion que cet ouvrage se destine. La profession
de journaliste a connu, en France comme à l'étranger, une
sérieuse révision de ses assises sociales. Précarisation, féminisation,
spécialisation, hétérogénéisation sont autant de phénomènes
qui contribuent à remettre en cause l'identité professionnelle valorisée
des journalistes - tout comme celle d'ailleurs de professions
intellectuelles comparables. Ce phénomène est aggravé par
l'émergence de nouveaux défis auxquels les journalistes doivent
faire face : emprise des logiques industrielles et managériales dans
la gestion des rédactions, essor de nouvelles techniques, remise
en cause de l'enseignement au journalisme, choc interculturel face
à la victoire du modèle occidental d'information dans le monde...
De l'analyse présentée ici, il ressort clairement que les journalistes
sont en partie dépossédés du pouvoir de libre «fabrication» de l'information.
En conséquence, si les journalistes conservent une
réelle responsabilité sociale dans la façon d'informer les citoyens,
il est plus délicat d'affirmer sans preuve qu'ils disposent d'un
énorme pouvoir. Cette idée relève sans doute plus du mythe
professionnel que de la réalité sociologique.