La divine comédie

Dans son effort de respecter du mieux qu'elle pouvait le texte original, cette
traduction essaye simplement de restituer le «possible» du texte ; elle doit
permettre au lecteur d'effectuer son parcours personnel, sans être soumis à une
autorité raisonnable, prometteuse de vérité.
La puissance interrogative de l'oeuvre ne peut que susciter une introspection dont,
nous semble-t-il, Dante n'a point cherché à donner de solution unique, mais plutôt
à brouiller tout ce qui pourrait faire office de réponse. Les références de Dante
sont celles de son époque, et il parle, juge et aime en tant que chrétien. La chrétienté
de Dante ne nous est apparue que comme un filtre, aussi subjectif qu'un autre,
auquel adhésion ou non-adhésion n'est pas déterminante.
Le choix de proposer un texte rythmé principalement par des décasyllabes et des
alexandrins découle du désir d'édifier une travée rythmique de base autour de
laquelle d'autres vers au mètre libre puissent librement s'épanouir. Aucune
systématisation de la métrique ne s'est imposée par nécessité, le seul objectif
avoué étant la recherche de la fluidité de la lecture.
Le propos de la traduction est avant tout de faire passer d'un lieu à un autre. Ce
nouveau filtre ne peut que rajouter une nouvelle incertitude à la lecture ; le malaise
qui en résultera se doit de participer au malaise plus intense que Dante crée dans
sa tentative de faire naître la lumière parmi de si vives ténèbres.
Didier Marc Garin