Politica hermetica, n° 20. L'ésotérisme au féminin

Déjà les mystiques féminines avaient joué un rôle essentiel à la
Renaissance dans les transformations de la religiosité et l'avènement
de la «dévotion moderne» plus individualiste ; de même, le rejet
des femmes de la vie publique dans les sociétés postrévolutionnaires
devait, en réaction, leur ouvrir le champ de la vie spirituelle. La Vierge
Marie occupa le devant de la scène religieuse au XIX<sup>e</sup> siècle. Néanmoins,
la méfiance des Églises instituées les a repoussées vers les
coulisses où fleurissaient les nouvelles religions, les ordres initiatiques
et les sociétés secrètes ésotériques. Sortie des marges, la parole
des femmes, d'abord médiatrice, voire «médium», acquit au cours
des XIX<sup>e</sup> et XX<sup>e</sup> siècles une légitimité et une autorité nouvelles qui
permirent à Madame Blavatsky d'assurer la codirection de la fameuse
Société Théosophique (1875).
A la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle déjà, l'ordre des élus coëns, dont nous
parle Serge Caillet, initiait des femmes ; un véritable messianisme
féminin put ensuite se développer dans les milieux spirites et «spiritualistes»,
au sens anglais du terme. Patrizia d'Andrea, Nicole
Edelman avec Lucie Grange, Allison Coudert, Marco Pasi nous
introduisent dans ce monde de croyantes et de militantes qui contribuèrent
largement à faire «bouger» la société de leur temps. Brigitte
Beauzamy, enfin, complète ce numéro par une incursion dans les
milieux de «l'antiglobalisation» avec les «sorcières Wicca».