Du modèle à la simulation informatique

Ce livre retrace la récente évolution, au cours des trente dernières
années, de quelques uns des principaux types de modélisation de la
croissance et de la morphogenèse des plantes vers des simulations
informatiques dont la fonction se complexifie et ne se réduit plus au
calcul d'un modèle. À travers ces cas, il montre comment, dans les
sciences expérimentales à objets complexes, les modèles mathématiques
et statistiques, ayant d'abord supplanté les théories mathématiques des
siècles précédents, ont été eux-mêmes partiellement supplantés, à partir
des années 1990, par les simulations.
Cette évolution générale a eu pour effet de donner un rôle
épistémique renouvelé aux formalisations dès lors qu'elles devenaient
fortement assises sur et non plus seulement traitées par l'infrastructure
informatique, ce qui était encore le cas des premières simulations sur
ordinateur. Ainsi, les modélisateurs eux-mêmes considèrent certaines de
leurs simulations pluriformalisées comme autant d'«expérimentations
virtuelles». Que signifie techniquement, mais aussi d'un point de vue
épistémologique, cette empirie seconde ? Comment la distinguer de cette
créativité proprement interne aux mathématiques dont la philosophie des
sciences a déjà su rendre compte ?
Comprendre cette évolution inséparablement technique et épistémologique,
appréhender les besoins auxquels elle a répondu, ainsi que les
préventions épistémologiques qu'elle a dû combattre (dont l'iconoclasme
épistémologique si vivace au XX<sup>e</sup> siècle), nécessite de ressaisir, dans
son contexte, la naissance de la méthode des simulations, tant dans ses
techniques, ses opérations, ses instruments - au premier rang duquel
figure l'ordinateur - que dans ses épistémologies de terrain, souvent
reprises, mais parfois improvisées, novatrices et, de ce fait, décisives.