Le pouvoir des mots : discours de haine et politique du performatif

Dans Le Pouvoir des mots , Judith Butler analyse les récents débats, souvent
passionnés, sur la pornographie, la violence verbale dirigée contre les minorités
et l'interdiction faite aux homosexuels membres de l'armée américaine de se
déclarer tels. Il s'agit pour elle de montrer le danger qu'il y a à confier à l'État
le soin de définir le champ du dicible et de l'indicible.
Dans un dialogue critique avec J. L. Austin, le fondateur de la théorie du
discours performatif, mais aussi avec Sigmund Freud, Michel Foucault, Pierre
Bourdieu, Jacques Derrida ou encore Catharine MacKinnon, elle s'efforce
d'établir l'ambivalence du hate speech , de la violence verbale et des discours
de haine homophobes, sexistes ou racistes : s'ils peuvent briser les personnes
auxquelles ils sont adressés, ils peuvent aussi être retournés et ouvrir l'espace
nécessaire d'une lutte politique et d'une subversion des identités.
Elle esquisse ainsi une défense pragmatique du principe de la liberté
d'expression, qui ne s'en tient pas aux arguments employés classiquement par
les doctrines libérales, mais est surtout préoccupée par le souci de maximiser
la puissance d'agir des dominés et des subalternes.
Les lecteurs français trouveront dans ce livre des instruments inédits pour
repenser à nouveaux frais les questions soulevées par les débats sur la
pénalisation des discours de haine.