Politiques et usages de la langue en Europe

Les débats actuels sur la situation des langues
en Europe souffrent d'un déficit de réflexion.
La position dominante de l'anglais et le recul
conjoint du français et de l'allemand en Europe
sont perçus comme les marques d'une évolution
inéluctable face à laquelle les volontarismes politiques
seraient impuissants.
Pour tenter de sortir du lamento habituel sur
l'appauvrissement linguistique qui menacerait les
nouvelles générations d'Européens, cet ouvrage
propose de réfléchir au fonctionnement et aux
implications des choix linguistiques à travers une
série de questions d'ordre plus général : qu'est-ce
qu'une langue prise non pas comme système
organisé de signes, mais comme réalité sociale et
culturelle ? Comment cette réalité s'articule-t-elle
sur les pratiques tant individuelles que collectives ?
Quelles représentations informent ces pratiques et
à travers quelles institutions sont-elles élaborées,
transmises et reçues ?
Diverses et nuancées, les réponses esquissées
partent toutes du même constat : il faut dépasser
la vision de «l'exception linguistique française».
L'attention portée à des terrains «atypiques»
comme la Suisse ou la Belgique ou encore
l'insistance sur la profondeur historique des
rapports entre langue, culture et politique en
Europe sont autant de propositions qui décentrent
le débat sur les pratiques linguistiques. Par là
même, elles visent à redéfinir les conditions - et
les limites - d'une action publique soucieuse des
principes d'une société démocratique.