Cargo de nuit

Trois heures du matin. Cinq heures que
nous avons décollé. Déjà deux étapes, il
en reste deux. A chaque fois, une ou deux
heures d'arrêt pour décharger et recharger
le fret. La troisième étape est longue et
pesante sur les paupières, la nuit est vide,
personne ne parle sur les fréquences.
Loin vers l'Est, il y a notre destination, où
nous arriverons de jour, en ralentissant
pour ne pas arriver avant l'ouverture du
terrain.
Et c'est comme ça toutes les nuits, de
20 heures à 8 heures, à Glasgow ou
à Ljubljana, à Venise ou à Lisbonne, à
Roissy ou à Bruxelles. Nous transportons
nos colis entre les grandes villes d'Europe.
Silencieux, ils ne se plaignent jamais,
acceptent sans rechigner les retards, ne
sont pas dérangés par le brouillard, ne
se rendent pas compte qu'on est en train
de se prendre des éclairs et des orages
furieux, ou de la neige persistante.
Cargo de nuit , un nouveau métier qui
fonctionne à plein rendement avec ses
cohortes de sous-traitants, de sans grade,
de soutiers du ciel, les artisans du flux
tendu ! Mais c'est un monde fascinant et
pour rien au monde à présent je n'aimerais
le quitter. Oiseau de nuit, hibou, Corsaire
de la nuit !