La destruction programmée de la pensée : comment résister

Dans notre société les relations se tendent, deviennent
souvent conflictuelles, et les turbulences destructrices
sont de plus en plus difficiles à contenir. En bref notre
société se déshumanise. Elle ne sait plus à quelles valeurs se
référer. Au fil du temps on a saccagé celles qui prévalaient
sans rien leur substituer. En analysant avec soin le contexte
présent et notre passé récent, il apparaît que nous ne sommes
pas confrontés à une fatalité, mais à des volontés structurées à
un projet de démolition. Nous avons été dupés dans tous les
domaines, et notamment dans l'enseignement, la littérature, et
les arts, pour nous conduire, par une subversion lente, à la
dépendance par l'anéantissement des moyens de notre autonomie.
C'est la pensée de l'homme qui a été visée. C'est le lieu
où elle s'élabore qui a été ciblé : son cerveau. On s'est acharné
à n'en solliciter qu'une moitié, l'autre siège de la raison a été
délaissé.
Et l'on a glissé au fil du temps de la réflexion vers l'émotion,
de l'analyse vers l'intuition, de l'argumentation élaborée vers
le choix sans nuance. Les dialogues sont devenus de plus en
plus difficiles entre nous car nos confrontations se basent sur
des ressentis, et de moins en moins sur des propos réfléchis.
Mais il est possible de réagir. L'apprentissage de la lecture
pour aller au sens de l'écrit redonne le goût des bons
ouvrages. L'établissement de liens logiques facilite la mémoire
et son maintien. La pratique du questionnement ouvre
notre esprit à la réflexion. Les remédiations sont possibles sans
que l'âge nous soit apparu comme un facteur limitant. Les
mauvais apprentissages de base se sont confirmés comme les
entraves les plus sévères au développement intellectuel. Il faut
les reprendre sans compter le temps qu'il faut à leur acquisition,
car ils constituent le socle à partir duquel il est possible
de rebâtir, de repartir.