Les Mathieu : instituteurs corréziens de père en fils

"Vous voici enfin dans cette école qui m'est chère, lui dit son
père. Je vous y ai précédé ; ne l'oubliez pas. Je ne vous
demande pas d'être le premier de votre promotion, mais
soyez le meilleur par la loyauté et le plus remarqué par
l'ardeur au travail. Ne comptez pas sur les faveurs de votre
Directeur, mon vieux camarade. Pensez plutôt à mériter la
sympathie que, sans vous connaître, il vous manifestera, et
par la suite, à faire toujours un peu plus que vous ne devez.
Le devoir, voyez-vous, est une chose difficile à délimiter. Nul
ne peut dire précisément : il commence ici, il finit là. Aussi,
en toute occasion, il faut aller au delà de ce qui est prévu pour
être à peu près sûr de l'accomplir tout entier. Mais j'ai
confiance en vous. Vous ne voudrez pas faire mentir le nom
des braves gens dont vous descendez et qui ont toujours été
parfaitement considérés."
Comme si l'exemplarité de sa vie n'y suffisait pas, François
Dillange, alias Mathieu, utilisant le vouvoiement en usage à
l'époque, donnait ainsi en quelques phrases à son fils Gilbert,
l'auteur du présent ouvrage, les principes que celui-ci allait
devoir respecter. La scène se passe en 1885 à Tulle, dans le
"parloir obscur" de l'Ecole Normale d'Instituteurs d'alors,
sise à l'entrée du quartier de la Barussie.
Deux vies d'instituteurs, celles d'un père et de son fils, nous
livrent de Louis-Philippe au Front Populaire le quotidien des
bâtisseurs de la Communale. Rien n'était facile. Tout était à
faire dans des efforts toujours recommencés. Gilbert ne le
reconnut-il pas devant ses élèves rassemblés à l'occasion de
sa prise de retraite quand il leur avoua "que la crainte de faillir
devant eux l'avait protégé contre bien des faiblesses".