Lettres d'un soldat : août 1914-avril 1915

Ces lettres d'un soldat sont celles d'un fils à sa mère,
d'un artiste à sa confidente. Mobilisé au 106<sup>e</sup> RI -
le régiment de Maurice Genevoix - le jeune peintre
Eugène-Emmanuel Lemercier arrive aux Éparges en
septembre 1914. Il est au front dans ce secteur jusqu'au
début du mois d'avril 1915, époque à laquelle il disparaît
dans un combat. Dans les lettres qu'il écrit pendant sa
campagne, Lemercier exprime ce qu'il ressent et ce qu'il
ressent est «la révélation la plus complète de ce qu'il y a
de plus intime dans une âme de combattant...», la
révélation de la tragédie de l'esprit confronté à la guerre
qui l'écrase. «Aucune correspondance de soldat tué...
n'approche en grandeur, en pathétique, en vérité, de
celle de Lemercier (Norton Cru)».
«Aujourd'hui nous vivons dans le plus intime et délicat paysage
de Corot. De la grange où nous avons établi notre avant-poste,
je vois d'abord la route avec des flaques d'eau qu'a laissées
la pluie. Ensuite, des souches d'arbres, puis, après un pré,
une ligne de saules bordant un ruisselet coureur et charmant.
Au fond, quelques maisons se voilent d'une brume légère et
conservent les noirs délicats que notre cher paysagiste sentait si
bien. Telle est la paix de cette matinée. Qui croirait qu'en tournant
la tête, il n'y a plus rien qu'incendie et décombres !...»