Dieu et les dieux dans le théâtre de la Renaissance : actes du XLVe Colloque international d'études humanistes, 01-06 juillet 2002

Du mystère et de la moralité à la tragédie et à l' auto en passant par la sacra
rappresentazione et le spectacle de cour, le théâtre de la Renaissance subit
une mutation profonde que la figuration et le rôle de la divinité font
apparaître avec une évidence particulière. Les auteurs de mystères n'éprouvent
aucun scrupule à confier à des acteurs le rôle de Dieu, non seulement celui
du Christ mais encore celui du Père ou même du Dieu-Trinité. Informée par
la réflexion théologique sur l'image, la figuration théâtrale de Dieu en fait
ressortir les lignes de force. Elle rencontre la tradition iconographique sans se
confondre avec elle, si bien que la question ancienne de l'influence réciproque
entre théâtre et arts plastiques s'en trouve dépassée. Dans la tragédie, le rôle
de Dieu, de sa mémoire et de sa colère, mais aussi de son amour rédempteur,
pèse sur les hommes, leurs actes et leur destin, mais comme personnage
Dieu lui-même s'absente de la scène. Les dieux ne le remplacent pas. Ni
destinateurs, ni metteurs en scène, ils signifient autre chose qu'eux-mêmes.
Ils servent les desseins religieux et politiques des dramaturges, se plient à
leurs préoccupations civiques, astrologiques et scientifiques, morales et
philosophiques. Les trente-quatre communications rassemblées dans ce
volume, précédées d'un essai de F. Boespflug, s'intéressent aussi bien aux
modalités techniques de la représentation scénique du divin qu'à ses enjeux
littéraires, spirituels et sociaux. Elles touchent toutes les aires linguistiques
de l'Europe occidentale, du Portugal à l'Allemagne, de l'Angleterre à l'Italie
sans oublier les tragédies latines. Rappelant que le théâtre est à la fois une
entreprise artistique et un moyen de communicaiton de masse, elles permettent
de cerner les identités locales et les déchirements confessionnels ou nationaux
dans l'unité contestée de l'Europe. Elles renouvellent la dialectique de la
continuité et de la rupture que l'historiographie de la Renaissance ne cesse de
remodeler.