La traîne-sauvage

Infirmière au maquis du Vercors, déportée à
Ravensbrück, Rosine Crémieux a longtemps refusé
de revenir sur ses épreuves. Comment confier aux
autres, amis ou proches, une expérience de
cet ordre ?
Habituée au dialogue avec un confrère psychanalyste
plus jeune, Pierre Sullivan, Rosine Crémieux a
fini par surmonter sa «honte», liée à des souvenirs
douloureux, comme celui d'un petit morceau de
pain dérobé à une prisonnière hongroise.
Ensemble, ils ont fait «un effort de mémoire»,
pour transmettre plutôt qu'informer. Leur récit à
deux voix, un échange, a la justesse de ceux de
Primo Levi. Il confirme le credo d'une femme qui
n'a pas cédé : «Dans les pires circonstances, qui
ont été les miennes, l'être humain peut modifier
l'échelle de ses plaisirs et de ses souffrances pour
arriver à subsister dans la dignité.»