Mai 68 et ses vies ultérieures

« Autour de l'année 1968, dans tout le monde occidental, apparaît
sur la scène publique un nouveau personnage collectif : la classe d'âge
adolescente. [...] Elle s'affirme elle-même par opposition au monde
adulte. » Ces phrases d'un éditorial du Monde pour le trentième anniversaire
de Mai 68 rejoignent l'appréciation de Raymond Aron : « Nous
sommes en présence d'un phénomène biologique autant que social. »
Elles confirment la volonté d'enterrer le caractère social du Mai, révolte
de masse qui toucha tous les secteurs du travail, toutes les classes d'âge.
Certains, comme Bernard Kouchner, diront vingt ans après les
événements : « Nous étions nombrilistes, oublieux du monde extérieur,
nous ne voyions pas ce qui se passait dans le reste du monde, nous
étions repliés sur nous-mêmes. » Mais qu'en était-il donc d'une dimension
pourtant essentielle du mouvement de 1968, à savoir sa relation
avec les luttes anticolonialistes et anti-impérialistes comme le Viêtnam,
l'Algérie ou Cuba ?
En trente-cinq ans, la mémoire de Mai 68 n'a-t-elle pas été ensevelie
sous les commémorations, réduite à la «libération des moeurs»,
alors qu'elle fut sans doute l'un des plus grands mouvements sociaux
de l'après-Seconde Guerre mondiale en Europe, la plus importante
contestation de l'ordre social existant ? Kristin Ross tente de réhabiliter
le sens réel de l'événement, à retrouver le sens de cette révolte et sa
trace dans l'histoire de la France.
«[Ce livre] démonte tous les clichés que nous avons à propos des
soulèvements à Paris. Mais, plus profondément, il concerne ce qui a été
fait de Mai 68. Kristin Ross est, à ma connaissance, la première personne
à saisir la complexité de trente ans de discours idéologique sur Mai 68.
Nous ne pouvons sous-estimer l'importance de ce livre, non seulement
pour l'étude du cas français, mais comme outil d'analyse pour n'importe
quelle expérience politique, n'importe où dans le monde. »