La peau des mots, réflexions sur la question éthique : conversations avec Dominique-Antoine Grisoni

- Je suis depuis longtemps agacé par le ressassement de notre Bible
laïque, la «Déclaration des droits de l'homme», qui à présent
s'est décorée d'un «universelle» de plus. Car jamais on ne définit
vraiment la notion de «droits», jamais on ne dit - du moins
maintenant - à quel homme, quel humain elle s'applique. La
première au moins spécifiait «Déclaration des droits de l'homme
et du citoyen». Donc seuls les «citoyens», les gens de l' êthos , du
site où ils s'enracinent, jouissaient de ces droits. La «Déclaration
universelle», en revanche, ne parle pas du statut des personnes
concernées.
- En somme, ton livre cherchera «quels droits pour quels
hommes» ?
- Il n'aura pas tant de prétention, mais c'est bien la direction de
ma quête. Au cours des siècles, les pays et les régimes changent,
ils sont divers ; l' êthos , le site où vivent les hommes, varie, et le
statut des humains aussi change selon les régimes et les croyances.
Les mots, d'ailleurs, le révèlent. À condition de les prendre par
leur peau, de les prendre par ce qui les isole et en fait des signes
reconnaissables, différents des bruits et des chants d'oiseaux.