Les mémoires de Sophie

«Vous, vous avez un physique de théâtre.»
Avec ces simples mots, Louis Jouvet a décidé de mon
avenir.
Je m'appelais Jacqueline. J'avais seize ans. J'étais pensionnaire.
Sans ces paroles prophétiques, je n'aurais sans doute
pas songé à embrasser une carrière à laquelle rien ne
semblait me destiner.
Être comédienne n'a jamais été pour moi une vocation,
mais un métier comme un autre, que j'ai essayé d'exercer
de mon mieux, en y mettant tout mon coeur, mais sans
pour autant lui sacrifier ma vie de femme.
Si le succès m'a comblée professionnellement, c'est loin
de la scène et de l'écran que je me suis trouvée en
accord avec moi-même, et que j'ai connu mes émotions
les plus profondes.
C'est qu'il y a une sacrée différence entre cette Sophie
Desmarets qui, pour le public, incarne l'optimisme et la
joie de vivre, et celle qui, dans le privé, se débat souvent
contre la déprime.
Conscientes du sort privilégié qui nous a été réservé à
toutes les deux, du moins partageons-nous le même sens
de l'humour, et la faculté de rire de tout et de rien, même
quand nous avons envie de pleurer.
S. D.