La mer et le martin-pêcheur

«Un martin-pêcheur venu d'on ne sait où s'approche
du navire. Un seul. Il virevolte près du navire, comme
pour se mesurer à la mer. Sur la mer immense, pas un
vol d'oiseau à part le sien. Tout à coup, il replie les ailes
et plonge puis remonte, un objet blanc dans son bec ; il
passe comme une flèche au-dessus du navire vers la ligne
noire des arbres à l'horizon. Là-bas se trouve le nid douillet
avec les petits qui attendent.»
Nous sommes au Viêt-nam, plongés dans le monde de
la mer, de ses animaux et de ses hommes ; ces pêcheurs
qui, à l'instar du martin-pêcheur, se battent pour nourrir
leur femme et leurs petits. Un monde de violence et
de tendresse, de fraternité et de coups bas, un monde de
dureté - celle du régime politique, celle de la bataille pour
survivre - un monde voué à disparaître dans les méandres
de la concurrence et de la mondialisation.
De sa belle écriture pleine de poésie, Bui Ngoc Tan nous
emmène là où nous ne sommes jamais allés : et quand on
referme le livre, on en sort bien changé. Et meilleur, aussi.