Andalousies

Le temps d'un été, le photographe Olivier Placet arpente la
mythique Andalousie, pousse les portes de ses palais et retrouve le plaisir de la
photographie mécanique et du format 6 x 6. Il en revient avec une somme
d'images qui expose la beauté rude des paysages, restitue l'indicible lumière
des architectures et raconte avec simplicité la vie des rues.
À partir de cette beauté, de cette lumière, de cette vie,
l'écrivain Amin Zaoui tisse le fil poétique d'une mémoire (presque) oubliée, d'un
temps disparu où les poètes, les philosophes - de toutes les religions, dans
toutes les langues - conversaient calmement et inventaient un monde de
raffinement et de sagesse. On se souviendra alors qu'Andalousie ( And-al-usia )
signifie littéralement «le pays des songes».
Ne croyez pas les géographes officiels, ceux qui prétendent
que l'Andalousie tient son nom des Vandales. Ni la Belle de
Cadix, ni sa cousine des remparts de Séville ne l'ont oublié :
comme Guad-al-quivir est en arabe «le grand fleuve»,
And-al-usia est «le pays des songes».
Les photos d'Andalousie d'Olivier Placet révèlent et font
triompher une étymologie escamotée : cette douce lumière,
qui baigne les voûtes de Cordoue comme les arabesques
de l'Alhambra, les précipices de Ronda comme les rues de
Grenade, les voiles des nonnes et les éventails de Séville,
c'est bien elle qui habite nos songes.
Laissons-nous donc flotter sans crainte dans ce grand fleuve
de lumière. Son cours est calme et large, il emporte nos rêves...
Thomas Richez, architecte.