A mes chers parents gaulois...

Je suis un enfant de la colonisation, j'ai fréquenté les bancs
de l'école coloniale, j'ai appris que mes ancêtres étaient les
Gaulois et on m'a initié à Chateaubriand...
Tout au long de ma carrière d'enseignant et de haut fonctionnaire,
j'ai été amené à côtoyer des officiels français aux yeux
desquels je ne suis jamais resté qu'un sous-fifre.
J'ai voulu parler de ce non-dit, de ce tabou que j'ai constaté
à de nombreuses reprises : la condescendance feutrée des coopérants,
des officiels mais aussi de simples citoyens français à
l'égard de ceux qu'ils appellent « les Africains ».
Depuis la colonisation, la France a imposé en Afrique sa
culture, ses modes de pensée et même son histoire. Il en résulte
une forme de mépris qui perdure encore aujourd'hui, cinquante
ans après les indépendances. Avec, comme conséquence, un
désamour croissant entre nos pays.
En tant que citoyen de ce qui était votre plus ancienne
colonie en Afrique noire, j'ai beaucoup à vous dire. Prenez la
peine de me lire. Prenez, un court instant, le temps d'écouter une
de ces petites voix timides qui, par milliers, tentent vainement
depuis des siècles de parvenir jusqu'à vos «oreilles rouges».